Rompre avec la lignée maternelle,....

Rompre avec l’essence patriarcale du legs émotionnel qu’apporte aux femmes leur lien maternel, parfois, c’est le prix que ces dernières doivent payer pour réussir à être elles-mêmes et à atteindre la liberté tant convoitée.

Chaque fille porte sa mère en elle ; c’est un postulat indiscutable.

Le lien mère/fille est un lien éternel duquel une fille ne pourra jamais se détacher. Elle portera toujours en elle quelque chose de sa mère, et ce quoi qu’elle fasse.

C’est la raison pour laquelle il est indispensable de purifier et de limer les aspérités qui ont pu se former du fait de l’éducation et de l’influence de la mère sur le passé de sa fille, mais aussi sur son présent.

C’est un processus complexe, une expérience difficile qui oblige la fille à se rendre compte qu’elle est inconsciemment soumise à l’insignifiance d’un legs qui perpétue la dépendance au travers d’une éducation basée sur des croyances éducatives anciennes.

Il s’agit là d’un sentiment insupportable, car le désir de se détacher s’accompagne du besoin d’attention et de l’idée que la personne qui a apporté à la fille les plus grandes expériences d’affection et de soutien de sa vie considère sa prise de pouvoir comme une perte personnelle.

Par nécessité humaine (ou plutôt éducative), une mère essaie parfois de modeler et d’adapter sa fille-femme aux croyances patriarcales, l’éloignant donc de l’essence de son individualité propre.

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Généralement, ce n’est pas un processus ni un besoin conscient chez la mère qui, du fait de son héritage de femme, peut avoir l’impression qu’en éduquant sa fille ainsi, elle lui rendra la vie plus facile.

C’est la raison pour laquelle elle cherche à ce qu’en essence, sa fille s’adapte aux qualités que «la culture du patriarcat» dépeint comme attirantes.

Des étiquettes subtiles telles que celles de «la rebelle», de «la solitaire», ou encore de «la bonne fille» ne transmettent qu’un message : «tu ne dois pas grandir pour être aimée».

Il convient alors de prendre conscience de cette essence et de la soigner, même si cela suppose un détachement en partie agressif et, finalement, douloureux.

Le patriarcat est de plus en plus fragilisé, car génération après génération, la force féminine se fait évidente, urgente et nécessaire.

D’une certaine manière, dans l’inconscient collectif, elle perce à jour le besoin de la femme d’être elles-mêmes.

Si on se fie aux croyances patriarcales, un noeud inconscient est établi entre mères et filles, qui tissent une relation où seule l’une d’entre elles peut avoir le pouvoir. Cette dynamique se base sur un manque qui laisse la mère comme la fille dénuées de tout pouvoir. Les mères qui ont été particulièrement privées de pouvoir peuvent faire de leurs filles «l’aliment» de leur identité atrophiée ainsi que la décharge de leurs problèmes. Il en va de notre devoir de laisser nos mères parcourir leur propre chemin et d’arrêter de nous sacrifier pour elles.

-Bethany Webster-

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Le désir de la fille d’être elle-même, et la nostalgie de la mère

Bethany Webster a synthétisé ce processus d’une manière plus que pertinente. Dans son texte, on peut comprendre quels sont les points d’ancrage permettant d’entamer ce processus.

Il s’agit d’un dilemme pour les filles élevées dans le patriarcat. Le désir d’être elles-mêmes et le désir que l’on s’occupe d’elles deviennent des besoins qui rivalisent entre eux, si bien qu’elles se voient obligés d’en choisir un parmi les deux.

Il en est ainsi car la prise de pouvoir de la fille est limité, dans la mesure où sa mère a intériorisé les croyances patriarcales et attend d’elle qu’elle en fasse de même, qu’elle les applique et qu’elle les respecte.

La pression que peut mettre une mère à sa fille pour qu’elle ne mène pas la vie qu’elle entend dépend principalement de deux facteurs :

1) Le degré d’intériorisation, chez la mère, des croyances patriarcales limitantes.

2) La portée des manques qu’elle ressent, découlant du divorce forcé d’avec son «moi» véritable».

Ces deux éléments amputent la capacité de la mère à encourager sa fille à vivre la vie qu’elle veut vivre.

Pour la fille, retrouver son «moi» véritable et devenir la personne qu’elle est vraiment au fond d’elle, cela peut parfois coûter cher, et implique un certain degré de «rupture» avec la lignée maternelle.

Lorsqu’il en va ainsi, les liens patriarcaux se détachent de la lignée maternelle, ce qui est essentiel si l’on veut mener une vie adulte saine et puissante. Généralement, cela se traduit par une certaine forme de souffrance ou de conflit avec la mère.

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Les ruptures avec la lignée maternelle peuvent prendre diverses formes : des conflits et des désaccords jusqu’à la distanciation et au déracinement.

C’est un voyage personnel, qui de plus diffère pour chaque femme. Fondamentalement, la rupture est nécessaire à la transformation et à la guérison.

Elle fait partie de l’impulsion évolutive de l’éveil féminin, permettant à la femme de prendre le pouvoir avec plus de conscience.

C’est la naissance de la «mère non patriarcale» et le début de la vraie liberté ainsi que de l’individualisation.

Le prix à payer pour être soi-même n’est jamais aussi élevé que le prix à payer pour rester un faux «moi».

D’une part, dans les relations mères/filles plus saines, la rupture peut provoquer un conflit, mais en réalité, cela permet de renforcer le lien et de le rendre plus authentique.

D’autre part, dans les relations mères/filles agressives et moins saines, la rupture peut déclencher des blessures encore béantes chez la mère, et la mener alors à s’attaquer à sa fille ou à la rejeter.

Malheureusement, dans la plupart des cas, le seul choix qui se présentera à la fille qui se trouverait dans une situation de ce type consistera à garder indéfiniment ses distances avec sa mère, et ce afin de protéger son propre bien-être émotionnel.

Ainsi, plutôt que de comprendre qu’il s’agit du résultat du désir de sa fille de grandir, la mère peut interpréter cet éloignement, cette rupture comme une menace, une attaque personnelle et directe envers elle, un rejet de la personne qu’elle est et qu’elle représente.

Face à cette situation, il peut parfois être insupportable pour la fille de constater que son désir de prise de pouvoir ou de développement personnel puisse mener sa propre mère, aveuglément, à la voir comme une ennemie.

Dans de telles situations, on prend réellement conscience du prix que représente le patriarcat au sein des relations «mères/filles».

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«Je ne peux pas être heureuse si ma mère est malheureuse» : avez-vous déjà ressenti cela ?

La croyance consistant à penser qu’une fille ne peut pas être heureuse si sa mère est malheureuse parce qu’elle souffre des propres manques de sa fille n’est autre qu’un énième héritage du patriarcat.

Lorsqu’une fille renonce à son propre bien-être au profit de celui de sa mère, elle empêche le bon déroulement d’une part indispensable du processus de deuil.

Il faut pleurer la blessure dans la lignée maternelle, car ne pas le faire empêcherait d’avancer. Une fille n’est pas en mesure de guérir sa mère, car nous sommes tous responsables de nous-mêmes.

C’est pourquoi il est nécessaire de rompre et de trouver son propre équilibre, ce qui n’est possible que si on bouscule les schémas patriarcaux et que l’on ne se contente pas de la complicité d’une paix superficielle.

Il faut beaucoup de courage pour initier ce processus de détachement, mais comme l’affirme Bethany Webster, laisser nos mères être des êtres individuels, cela nous libère en tant que filles et en tant que femmes, nous permettant à notre tour d’être des êtres individuels.

Il n’y a rien de généreux dans le fait d’assumer le poids de la souffrance des autres ; ce n’est pas un devoir auquel on se doit de se plier sous prétexte que nous sommes des femmes, et nous n’avons pas à nous sentir coupables si nous refusons d’assumer cette fonction et de jouer ce rôle.

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La fille doit cesser de chercher à tout prix à être reconnue et acceptée par sa mère, même si cela implique une certaine souffrance. Cela suppose une perte d’indépendance et de liberté qui la transforme.

Ce rôle «d’auxiliaires émotionnelles» que l’on confie généralement aux femmes découle du legs de l’oppression.

C’est pourquoi il est nécessaire de comprendre que tout cela est fictif si on n’obéit à nos besoins explicites. Le simple fait de garder cette perspective en tête nous permettra de laisser de côté la culpabilité et d’éviter de la voir nous contrôler.

Les attentes que le monde a des femmes peuvent parfois être très cruelles ; de fait, elles constituent un véritable venin qui les oblige à oublier leur individualité. Or, il est temps de passer à autre chose et d’avancer.

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© 2016, Recherche et transmission par Michel / Arcturius.
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