Le suicide d'un proche : PAS FACILE

Le suicide: pas facile

 

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L'homme a beau savoir que tout être humain est mortel, lorsque la mort frappe, il a l'impression que c'est la première fois, surtout lorsqu'il s'agit d'une mort violente.

On a du mal à admettre la mort et encore plus le suicide qui pourtant ne doit pas être considéré comme un désir de mort, mais un désir de mettre fin à une souffrance devenue intolérable. Pour tuer cette souffrance, la personne n’a pas trouvé d’autre solution que de se tuer.

Le suicide est ressenti comme une transgression des lois naturelles, transgression longtemps stigmatisée par la société, par la loi et par les religions.

Pour faire son deuil d’un proche suicidé, il faut accepter cette décision même si on ne la comprend pas car il restera toujours une part de mystère. On ne peut pas choisir pour l’autre. C’est un acte que l’on n’a pas à juger.

On se trouve dans une situation particulièrement éprouvante faite d'incompréhension ou même d'incrédulité du geste du défunt, de révolte vis-à-vis du destin, voire vis-à-vis du suicidé lui-même.

La colère survient presque systématiquement dans le deuil après suicide. La refouler dans l'instant serait prendre le risque qu'elle réapparaisse plus tard et complique le deuil.

On passe par des phases d’insomnie, de grande angoisse, de colère, de difficultés à penser à autre chose. Un sentiment de culpabilité envahit souvent le proche : « Pourquoi n’ai-je rien pressenti ? Pourquoi ne m’a t-il – ou elle- pas parlé ? J’aurais pu l’aider, éviter le pire… « si j'avais su, si j'avais été là, si...si...si...”

C’est un processus normal mais avec le temps, la culpabilité se changera en regrets puis il ne restera qu’un sentiment d’impuissance face à la mort et d’acceptation. Il faut admettre que la personne qui s’est suicidée emmène avec elle sa part de mystère, qu'il n’y a pas à la juger mais à s’efforcer d’accepter qu’on ne pourra jamais tout comprendre.

Les tranquillisants ou anxiolytiques peuvent être une aide passagère, mais il vaut mieux s’ouvrir à d’autres qui ont vécu la même situation ou se faire aider par un psychologue.

 

Des groupes de soutien pour personnes endeuillées par le suicide ont été mis en place dans plusieurs associations.

http://www.aqps.info/nous-joindre.html

http://www.aqps.info/comprendre/mythes-realites.html

http://www.fondationdesmaladiesmentales.org/fr/p/aider-une-personne/les-maladies-mentales/description?gclid=CKv2uquJrLUCFSVnOgodEHYAwA

 

http://www.psychologies.com/Moi/Epreuves/Suicide/Livres

 

A.Le suicide, une énigme pour les proches

Comment réagir face à l’impensable, quand un proche met fin volontairement à ses jours ? Que faire lorsqu’une personne aimée, avec qui on a parfois partagé sa vie, s’en va sans explication ? Si la mort d’un proche est en soi une épreuve douloureuse, faire face au suicide l’est encore plus. "Lors d’un suicide, toutes les phases du deuil sont plus importantes et plus exacerbées, explique Dominique Durcos, présidente de l’association Vivre son deuil Ile-de-France. De plus, s’y ajoutent les sentiments de culpabilité et de honte. En effet, le suicide est encore un tabou dans notre société, il est encore assez mal accepté et il reste difficile d’en parler".

                        Se sentir coupable, rien de plus normal, de plus naturel : pourquoi et comment n’a-t-on rien vu venir ? N’accordions-nous pas assez d’attention ? Comment peut-on vivre aux côtés d’une personne en souffrance sans rien en savoir ?... Autant de questions qui restent en suspens. "Le suicide est une énigme, une non-réponse : il invite à des questions qui n’auront jamais de réponses, souligne Philippe Carette, psychologue et directeur du centre thérapeutique "Recherche et Rencontres" à Paris. Forcément, le deuil est plus difficile dans ce cas: il manque les repères dont on a besoin pour le faire et cela peut prendre des années".

Travail d’autant plus difficile qu’il existe peu de structures spécifiquement dédiées aux familles endeuillées suite à un suicide. "Actuellement, les familles ne sont peu ou pas du tout accompagnées, suivies ou soutenues après le suicide d’un proche, confirme Philippe Carette, pour qui il faut améliorer cette situation. ll cite en exemple le "centre Popincourt où il existe une clinique de l’entourage spécialement dédiée aux proches".

Parler pour poser des repères

Par ailleurs, il existe également des associations pour leur venir en aide, telle que Vivre son deuil (présente dans toute la France) ou encore l’association Phare Enfants-parents. Pour la présidente de la section Ile-de-France de Vivre son deuil, "notre rôle est de travailler en complémentarité avec les hôpitaux, les psychiatres, etc. L’association est un soutien, pas une aide thérapeutique. Ceux qui nous appellent le font pour pouvoir parler de ce qu’ils vivent". Ce qui n’est pas toujours évident, d’autant que le tabou qui pèse sur le suicide est loin d’être levé (il est encore mal accepté dans certaines religions).

L’association propose également, "pour ceux qui désirent aller plus loin" des entretiens individuels avec un bénévole formé de l’association : "la majorité des personnes qui nous appellent suite au suicide d’un proche nous formulent cette demande" précise-t-elle. Il existe également des groupes de paroles, pour échanger avec d’autres personnes qui traversent la même épreuve. "Pour dépasser son sentiment de culpabilité, l’échange avec d’autres personnes qui ont traversé la même épreuve est indispensable" assure le psychologue.

Le suicide des proches, un risque majeur

Pourtant, avec ou sans soutien, le deuil après un suicide reste une terrible épreuve. Pour la surmonter, il faut traverser trois grandes phases – le choc/le déni, la dépression et enfin l’acceptation. Un travail qui prend plus ou moins de temps. Le deuil, d’autant plus lors d’un suicide, peut avoir d’importantes répercussions psychologiques chez les proches. "Si un véritable vécu dépressif suit généralement l’annonce du deuil, se sortir de cette phase est encore plus difficile après un suicide, d’autant qu’elle s’accompagne d’une grande anxiété" précise Dominique Durcos.
Anxiété d’autant plus importante si la personne a découvert elle-même le suicide… Auquel cas peut également intervenir le syndrome de stress post-traumatique (parfois présent aussi lorsque le simple choc de l’annonce est trop fort). Dominique Durcos explique que "si, lors d’un entretien, on soupçonne un syndrome de stress post-traumatique, la personne est orientée vers des psychiatres". Parfois aussi, les personnes ressentent d’elles-mêmes le besoin de se tourner vers des professionnels : "Pour ce soutien thérapeutique, elles se tournent spontanément vers un centremédico-psychologique(CMP)".

Le problème majeur auquel doivent faire face les professionnels qui accompagnent, aident et soutiennent ces personnes endeuillées, c’est de les voir eux aussi exprimer une envie de suicide. La perte de l’être aimé peut être si insurmontable qu’elles souhaitent plus que tout rejoindre la personne disparue. Selon la présidente, "c’est un risque très important et très présent. Dans ces cas-là, il ne faut pas occulter leur besoin de parler : au contraire, il faut que la personne puisse en parler ouvertement et mettre des mots sur ses maux. Si le suicide est clairement évoqué, nous les dirigeons vers d’autres associations telles qu’infosuicide par exemple. Et dans les cas les plus extrêmes, il peut également arriver de joindre les pompiers ou le 15".

La reconstruction, difficile mais pas impossible

Fort heureusement, une issue sereine et apaisée est envisageable. Faire son deuil après un suicide n’est pas impossible, même si cela reste très dur. D’après Dominique Durcos, reconstruire sa vie sera plus ou moins facile selon l’histoire du suicidé : "si la personne décédée a fait plusieurs tentatives de suicide, les proches peuvent presque ressentir une sorte de soulagement – honteux bien évidemment, mais un soulagement. Même si le sentiment de culpabilité est toujours présent, ils vivent mieux le suicide que ceux qui y font face abruptement. En effet, ils ont déjà pu essayer de soutenir, ils appréhendent mieux la réalité du suicide puisqu’ils ont déjà eu à y faire face".

Après une tentative de suicide, la famille "est dans un embarras monstrueux et ne sait pas vraiment quoi dire, quoi faire, témoigne le psychologue Philippe Carette. Néanmoins, il y a toujours une mobilisation forte pour tenter de venir en aide, de comprendre les souffrances de la personne en difficulté".

Suite à la tentative fatale, "certes, bien des questions restent sans réponses, mais ils ont perçu la souffrance de la personne disparue, nuance Dominique Durcos. Ce qui n’est pas possible quand on est confronté dans le même temps au suicide et à la mort d’un proche. Au final, la reconstruction est plus difficile pour ces derniers".

Que ce soit par le biais d’associations ou de professionnels, il ne faut pas taire un besoin de parler, surtout dans des cas aussi difficiles. Et même si ce besoin ne se fait pas naturellement ressentir, tenter d’amorcer un dialogue, mettre des mots sur sa douleur ne peut être que salutaire.

Yamina Saïdj, le 4 février 2013

Sources : Entretiens avec Philippe Carette et Dominique Durcos

 

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